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«Car je soutiendrai toujours qu'en parlant d'eux-mêmes, les grands hommes parviennent à se dépasser et les hommes quelconques à devenir quelqu'un. En effet, il s'agit d'un domaine où les passions, l'intérêt, la profonde connaissance, etc., ne laissent pas de place à l'affectation, à la sophistication, etc., c'est-à-dire à ce qui corrompt au plus haut point l'éloquence et la poésie; en effet, on ne peut se contenter de lieux communs lorsqu'on parle de soi : ce sont la nature et le cœur qui dictent nos propos, et l'on parle avec inspiration, plénitude, passion. Ainsi, quand on dit qu'il est utile aux écrivains de traiter de sujets d'actualité, on devrait dire qu'il leur est plus utile encore de parler d'eux-mêmes, même si parler de soi ne semble pas à première vue intéresser les auditeurs, mais il n'en est rien.» Giacomo Leopardi, Zibaldone, p.29

samedi 15 avril 2017

L'aliénation industrielle

Nous nous sommes progressivement éloignés de notre mode de vie artisanale, pour nous tourner vers un mode de vie industrielle.

Ce mode de production a permis, dans une certaine mesure, de produire davantage et plus vite afin de répondre aux besoins des masses.

Cependant, tout cela devait se faire au détriment de la qualité, de la saveur, de la beauté, de la particularité. Nous avons aujourd'hui majoritairement des produits uniformisés, sans âme, sans originalité, des produits qu'on pourrait qualifier d'«analytiques» tant ils sont dénaturés.

Il va sans dire que ce processus d'industrialisation s'est appliqué dans toutes les sphères de la vie, sans exception. Ainsi nous trouvons l’industrialisation dans notre littérature, notre éducation, notre personnalité, etc. : nous sommes dès le berceau des êtres industriels.

Sans même nous en rendre compte, n'ayant jamais connu autre chose, nos goûts sont industriels, nos désirs, notre sexualité, nos façons de penser, d'agir, de réagir, d'évaluer, etc.

Nous sommes profondément dénaturés, aliénés.

Par exemple, dans le domaine alimentaire, le chocolat: prenez le meilleur chocolat auquel vous pensez, voici les ingrédients: (matière sèche de cacao 73%), pâte de cacao, sucre, beurre de cacao, gras de beurre, arôme naturel. Cette liste des ingrédients est typique d'un aliment industriel, elle est «analytique»: les ingrédients semblent ajoutés les uns après les autres pour pouvoir contrôler le goût afin qu'il soit uniforme, moyen mais acceptable, et aussi, au moindre coût. C'est un chocolat qui est susceptible de plaire aux masses qui ne savent pas, en général, ce qu'est du vrai chocolat.

Prenez maintenant un chocolat artisanal, qui est généralement assez dispendieux, voici les ingrédients: fèves de cacao biologiques (70%), sucre de canne biologique. Si l'on compare les deux chocolats au goût, la différence est frappante: le chocolat industriel est terne et sans goût, sans saveur particulière, gras, mou et épais; le chocolat artisanal est craquant, savoureux, riche, complexe en goût: cela est la mesure, pour un seul exemple, de tout ce que nous avons perdu en passant de la culture artisanale à la culture industrielle.

Et cela s'applique aussi tout particulièrement à nous, être humains, qui tendons sans surprise, à ressembler de plus en plus à des robots... Voilà la marque des ravages de l'aliénation industrielle, de l'aliénation par les machines.

Passage obligé du capitalisme? -Je ne crois pas. Mais d'une mentalité, oui.

Si nous commençons à peine à percevoir la mentalité industrielle aujourd'hui, et tout son impact dévastateur, c'est parce qu'une mentalité dissidente pointe du doigt le désastre et revendique un autre mode de vie.

Il nous faut maintenant sortir de la caverne... Pas facile.

On continuera pendant des décennies de manger chez Mecdo et de trouver ça «bon»...

Pas étonnant alors les épidémies d'obésité: faute de pouvoir trouver la saveur, la «qualité», on compense dans la «quantité» et les extrêmes en gras et en sucre. Faute de savoir ce qu'est la «saveur», on ne peut non plus la chercher... L'éducation étant déjà industrielle à la base, nous sommes déjà faits pour l'industrie en quelque sorte: nous sommes formatés pour elle...

Nous entrons et fittons dans le système industriel comme une pièce de rouage préparée longtemps à l'avance.

Nous accueillons notre servitude absolue comme la liberté suprême.

Ce genre de propos peuvent-ils avoir un effet sur des oreilles industrielles bouchées afin d'écœurer de ce mode de vie?

C'est peu probable...

Le mieux c'est de FAIRE VOIR.

Regardons la massification que nous avons longtemps considérée comme un bien...

Regardons tout ce que nous pourrions être de DIFFÉRENT.

6 commentaires:

  1. La vie d'un homme n'est que mastication.

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    1. Il faut mastiquer pour vivre et pas vivre pour mastiquer - : ))

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  2. Le capitalisme n ' est pas mauvais " en-soi " - Capitaliser un peu en vue des coups durs est légitime - Le problème avec le capitalisme tel il est pratiqué actuellement est qu ' il est devenu une psychose ( à mon sens)d ' accumulation compulsive et qui n ' a pas de sens pour moi mais en a sans doute pour ceux-celles qui la pratiquent . Je ne dis pas " nous " en parlant de l ' humanité car je ne m ' identifie absolument pas avec un grand nombre de nos congénères . Avec d ' autres , bien moins nombreux , je me sens tout à fait en accord . En ce sens je ne suis pas d ' accord avec Marx quand il pose l " aliénation " comme fait applicable à tous : pour certain.e.s cette accumulation compulsive est sans doute une nécessité vitale . Pas pour moi .
    Je n ' ai rien contre ni le matérialisme ni l ' athéisme - je suis matérialiste et athée et ça m ' apporte beaucoup . Mais il y a autre chose , c ' est la pratique qu ' on en a . Je ne tripe pas sur l ' accumulation compulsive qui n ' a peut-être d ' autre but que l ' image de pouvoir que les essayent par là de construire . Le matérialisme athée peut être tout autre chose .
    Je suis aussi mystique - matérialiste-athée-mystique -
    Industrialisation et sciences ?
    La division du travail .. aussi .
    Industrialisation , sciences , et division du travail sont bonnes " en-soi " Mais ... tout dépend de ce qu ' on en fait ...

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  3. Pour résumer, le capitalisme nous a fait gagner beaucoup en quantité, mais perdre beaucoup en qualité, parce que le but premier de ce système, c'est d'accumuler du capital et non de faire ce qui serait le mieux point de vue qualité, éthique ou équité. Toute notre éducation est basée dans cette mentalité: importance d'obéir. Pourquoi nous former à obéir? -Parce que c'est pour le riche qu'on travaille, on doit amasser son capital, point à la ligne.

    Il y a bien entendu beaucoup de bon à l'éducation, mais dans CE système, son but premier c'est ça.

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