Pages

«Car je soutiendrai toujours qu'en parlant d'eux-mêmes, les grands hommes parviennent à se dépasser et les hommes quelconques à devenir quelqu'un. En effet, il s'agit d'un domaine où les passions, l'intérêt, la profonde connaissance, etc., ne laissent pas de place à l'affectation, à la sophistication, etc., c'est-à-dire à ce qui corrompt au plus haut point l'éloquence et la poésie; en effet, on ne peut se contenter de lieux communs lorsqu'on parle de soi : ce sont la nature et le cœur qui dictent nos propos, et l'on parle avec inspiration, plénitude, passion. Ainsi, quand on dit qu'il est utile aux écrivains de traiter de sujets d'actualité, on devrait dire qu'il leur est plus utile encore de parler d'eux-mêmes, même si parler de soi ne semble pas à première vue intéresser les auditeurs, mais il n'en est rien.» Giacomo Leopardi, Zibaldone, p.29

mardi 24 avril 2018

Réflexions sur le bonheur (bien-être)

Le bonheur ne peut venir que par la comparaison avec un état différent.

Je marchais au travail l'autre matin, et un ciel magnifique s'ouvrait devant moi sur la rue, la lumière chaude enveloppant les arbres, de couleur rosée, dorée, bleutée. J'avais une vision de bonheur. Je me voyais à jamais marcher dans cette beauté, j'imaginais des demeures luxueuses, des appartements luxueux, des situations luxueuses, comme à l'étranger dans un pays exotique, chaud, où l'air sent toujours bon.

MAIS...

Si cet état perdure tel quel... cela devient de la routine, des choses que je ne perçois plus, et tout tombe dans l'ennui, et finalement, la magie disparaît, et le «bonheur» avec...

Le blessé travaille fort pour sa réadaptation. Pourquoi? - Parce qu'il se voit comme avant, c'est-à-dire qu'il progresse vers son état antérieur, ou quelque chose de semblable, où il pourra vivre normalement à nouveau. Cet état temporaire, est comme une poursuite du bonheur. POURTANT, avant sa blessure, il n'était pas «dans le bonheur»... Ce n'est que maintenant qu'il voit cet état comme un état favorable à atteindre... Il le voit comme un état favorable à atteindre, un état de «bien-être», à cause de la comparaison avec son état antérieur.

C'est le même principe dans les relations amoureuses. Si je réalise mon fantasme de façon définitive, disons que je rencontre la femme physiquement parfaite pour moi, eh bien, il est facile de prévoir que cette perfection ne me satisfera plus du tout dans quelques mois. En fait, je ne percevrai même plus cette «perfection» à cause du manque de comparaison.

C'est pourquoi les personnes qui semblent dans des situations de bonheur permanent, ne sont plus du tout capables d'en jouir.

Celui qui conduit sa Ferrari depuis des années n'a plus de plaisir à la conduire, comme il n'a plus de plaisir à coucher avec les plus beaux mannequins...

C'est justice en quelque sorte...

Et c'est pourquoi le bonheur est si évanescent, puisque s'il dure trop longtemps, il se change en son contraire. Au contraire, si un malheur dure assez longtemps, on s'y habitue et on y trouve un certain bonheur. Ce bonheur une fois atteint, sa durée de vie est encore une fois limitée, et s'il persiste, il se changera à nouveau en mal-être.

Il est presque impossible d'échapper à cet état d'oscillation perpétuelle.

Le non-mouvement nous pousse au mouvement, le mouvement au non-mouvement.

Lorsqu'on travaille fort et qu'on est très fatigué, on s'imagine aisément en repos perpétuel, étendu dans des divans chaud et moelleux, écoutant de bonnes émissions de télé et baignant dans des effluves de poulets rôtis une bière à la main, etc., mais il est facile d'imaginer qu'on se lassera éventuellement de cet état, et qu'on voudra travailler fort et être fatigué à nouveau.

Comme il fait du bien de dormir «un bon coup», il ne fait plus du tout du bien de dormir deux jours de temps... On vient à avoir mal à la tête, au cou, au dos, aux côtes, aux jambes: le corps a besoin de bouger.

Même chose pour l'esprit. Même chose pour les émotions.

Le corps, l'esprit et les émotions ont besoin de bouger pour sentir les différences d'état, et c'est ce qui produit le «bien-être».

Le «bonheur» est utopique. Par contre le «bien-être» est une notion plus claire et on peut facilement travailler pour son bien-être, y arriver, et y demeurer plus ou moins facilement.

L'avantage de penser en terme de «bien-être» plutôt que de «bonheur», est que l'«état d'indifférence», c'est-à-dire où il n'y a ni grand plaisir ni grand déplaisir, peut être vu comme un état de bien-être relatif, tandis que si on le pense en terme de «bonheur», on peut facilement penser que l'on n'est pas heureux, et pourtant, dans l'état d'indifférence on est si loin du mal-être...

À cause de cette notion funeste du «bonheur», qui est une conception trop élevée du bien-être, les gens se croient beaucoup plus malheureux qu'ils ne le sont en réalité.

1 commentaire:

  1. Hmmmm , peut-être que le bien-être existe en-soi ( en nous ) - peut-être est-ce cela le bonheur ?

    RépondreEffacer