En vieillissant, tout prend une tournure de déjà vu qui donne la nausée.
Même les choses qu'on a idéalisées deviennent banales devant les revers, la maladie, devant la mort qui approche.
Il arrive souvent dans une semaine que je me dise à propos de la vie: "C'est juste ça?". Ça a l'air que oui. Y a rien d'autre, et rien de plus. Le vent frette te fouettes la face sept mois par année, pis tu végètes sur une boule de poussière dans le grand nulle part, tu copules, tu chies et tu crèves sans savoir pourquoi tu as existé. Tu vas t'approvisionner dans une épicerie près de chez toi, toujours la même crisse d'épicerie. Tu ne sais plus pourquoi tu y vas encore, mais c'est juste parce que t'as faim.
Par exemple, j'aime les brunettes, je ne sais pas pourquoi, et je ne le saurai jamais. Comme si j'avais été une IA programmée pour aimer les brunettes, c'est tout, et c'est aussi absurde que cela.
J'ai l'impression depuis quelques années que la vie oscille autour de trois ou quatre éléments. Et que ça ne changera plus jamais. Le jeu s'est vachement resserré.
Ça ne va jamais bien dans le monde.
Ni dans mon corps.
Il faut toujours se battre pour survivre, et ceux qui souvent gagnent à cette lutte où prime l'agressivité, sont loin d'être les meilleurs. Mais c'est ceux-là qu'on veut, qu'on s'arrache, parce qu'ils poussent dans les coins, réduisent aux abois ceux qui ne veulent pas se battre. On préfère ceux-là parce qu'ils servent bien les maîtres.
Manger, dormir, travailler, courir après le temps et l'argent, faire le ménage, faire les courses, payer mes dettes, me distraire, profiter d'un petit morceau de joie, souffrir en bloc, voilà en gros ma vie quotidienne.
Y a pas à dire, la vie est plate. Et je dois vivre pour ça?
J'aime bien parfois me faire accroire, surtout au couché, qu'il n'y a pas que cette réalité misérable et nauséabonde.
J'ai des idées de Dieu, une sensation même. Je me coule dans l'Un, et je m'endors. Ça marche. Je me lève souvent tout reposé. Mais ça ne dure pas, et j'ai peur que si je répète trop souvent l'expérience, ça devienne banal, et c'est mon dernier refuge!
Alors, je n'abuse pas de Dieu.
Je pensais pouvoir trouver une solution à cette existence au moyen de la connaissance, mais c'est le contraire qui s'est produit: j'ai plus que jamais des interrogations. Les choses se profilent mal. Je ne pourrai pas mourir serein!
Je n'ai toujours pas de réponse à la question de l'existence, pas plus que quand j'ai commencé, dans ma jeunesse, mes recherches. Je n'ai même pas un indice de réponse! Je me rends compte que je n'ai rien! Que je suis banqueroute!
Il ne me reste qu'à errer comme un fantôme dans les ruines de mes souvenirs, depuis qu'on a changé au complet certains coins de rue. Ça fait mal, de voir que tout crisse le camp. Qu'il n'y a rien de solide après quoi se rattacher. Que même si tu racontes ton histoire unique, il va y avoir 10 000 autres taouins qui vont tous raconter une histoire unique aux mêmes coins de rues qui vont tous disparaître les uns après les autres, ce qui fait que plus personne ne saura qui a parlé de quoi, ni même si quelque chose n'a jamais été dit, bref, c'est comme s'il ne s'était jamais rien produit, et que rien n'avait été vécu.
Tu disparaîtras, et même les choses disparaîtront.
Ce sera comme s'il n'y avait jamais rien eu, comme si tu n'avais jamais existé.
C'est ainsi que le déjà vu est toujours nouveau.
L'idée de l'Infini, si on s'en imprègne bien, c'est Dieu. Et c'est pourtant ce côté de la science actuelle que la science ne voit pas, ou ne veut pas voir, par peur de se rapprocher de la métaphysique ou des religions.
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