«Je n'ai qu'une passion: celle qui me permet d'être libre sous le joug, content dans la peine, riche dans la nécessité et vivant dans la mort.» Giordano Bruno
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vendredi 12 juin 2009

Philosophie de la survie et survie de la philosophie

Quand la philosophie universitaire n'est rendue qu'un empilage infini de livres, vaut mieux tout sacrer ça à la poubelle et recommencer à neuf. On n'en a jamais fini de commenter les livres des autres et ça devient vraiment énervant et inutile; ça me fait penser aux discussions théologiques sans fin sur des points de détail à propos de la nature des anges. On s'embourbe et on s'emmerde royalement. Après ça il n'est pas étonnant que la science prenne une avance considérable sur la philosophie, encore pognée dans les têtes communes à l'époque de Descartes. On n'avance pas en philosophie, on s'attribue des chaires, on s'admire et on ne fait que commenter, tout en avançant un tout petit peu, petit peu par petit peu, comme de petites tortues modestes, sur nos prédécesseurs.

Moi je dis : Tabarnak! Réveillez-vous bande de caves! La planète est sur le point de sauter et vous êtes là à vous commenter et à vous féliciter l'un l'autre. C'est la preuve que la philosophie d'université est une business comme les autres, elle est là pour faire vivre une certaine élite respectable dans une tour d'ivoire, mais à part ça, elle ne fait pas grand-chose.

Faites comme si demain on devait tout brûler vos crisse de livres. Faites le tri essentiel pour la survie de la philosophie et ne vous occupez plus du reste. Vous avez une année pour faire votre sélection, le grand ménage, après c'est l'autodafé inévitable. Que choisirez-vous?

dimanche 7 juin 2009

Les capotes honteuses

Je me souviens du temps où c'était GÊNANT d'aller s'acheter des condoms. Il fallait je crois en plus les demander au comptoir, sous le regard critique du pharmacien et des clients, ensuite de la caissière qui se retenait de rire. Quelle belle époque stupide et puérile, et pourtant pas si loin! Aujourd'hui on achète des boîtes de capotes comme des paquets de gomme : ça passe totalement inaperçu. C'est la preuve que les moeurs peuvent changer assez rapidement. Cependant, qu'est-ce qui a fait changer le consensus social : le SIDA, terreur urbaine. Le sida n'est pas drôle, alors l'utilisation du condom peut être «justifiée» comme une nécessité médicale, et non pour fourrer bien sûr.

Ryle et la notion d'esprit

Lorsque j'ai commencé à lire «La Notion d'esprit» de Ryle, j'ai été assez surpris de constater qu'il n'y avait presque aucune littérature sur le philosophe. Certains diront que c'est un avantage lorsqu'il est question de faire un travail, puisque je n'ai pas besoin de tenir compte des différents commentateurs. En effet, cela peut être avantageux, en revanche il faut trouver les points de repère de l'oeuvre par soi-même, ce qui demande un travail plus approfondi de lecture et de compréhension de ce livre au titre piquant la curiosité, «La Notion d'esprit».

Dans le livre de 1949, Ryle se propose d'établir une cartographie logique des concepts mentaux. Selon Ryle, la philosophie serait empêtrée dans de faux dilemmes philosophiques causés par des «erreurs de catégorie». La source de ces erreurs serait le dualisme cartésien : le corps et l'esprit sont deux substances différentes, une matérielle, l'autre immatérielle, mais pourtant elles communiquent ensemble et ont une influence l'une sur l'autre. Comment expliquer cet état de fait? C'est à partir de ce moment, selon Ryle, que les problèmes commencent.

Le mythe cartésien, celui selon lequel l'esprit serait un «mécanisme» (une «paramécanique») en marge de la mécanique corporelle et donc de la mécanique physique galiléenne, entraîne peu à peu une problématique entre le corps et l'esprit, un questionnement sur l'existence des autres esprits (qu'on ne peut connaître directement) et une problématique sur le «langage privé», puisque je suis le seul à avoir accès à mes états mentaux et que les autres ne peuvent connaître directement la signification de mes expériences «privées» (concepts, sensations, émotions).

Nous pourrons dire en suivant cette logique que la vie de l'esprit est un phénomène «privé», et la vie du corps, un phénomène «public». Ainsi, nous avons deux séries d'événements qui ne peuvent jamais s'influencer ou entrer en liaison : les événements physiques et les événements mentaux. Le corps est «dans» l'espace, mais l'esprit, lui, n'est pas localisable. «L'esprit est sa propre place et chacun de nous, dans sa vie intérieure, mène la vie d'un Robinson Crusoé fantomatique», écrit Ryle. Il ne peut donc y avoir de relation causale directe entre ce qui se passe dans un esprit et ce qui se passe dans un autre, ni non plus entre l'esprit et le corps. Aussi, les individus ne pourraient résoudre les problèmes quotidiens concernant les qualités morales et intellectuelles des autres individus, et pourtant, «ils peuvent apprécier les résultats obtenus par ces derniers ainsi que leur progrès, comprendre leur langage et leurs actions, discerner leurs mobiles et apprécier leurs plaisanteries», ajoute Ryle. Comment expliquer cette situation pour le moins étrange?

Ryle explique que ce genre de problème résulte du fait que nous présentons des faits appartenant à une catégorie dans un idiome approprié à une autre catégorie, autrement dit nous commettons l'«erreur de catégorie» mentionnée plus haut. La catégorie logique à laquelle un concept appartient, selon Ryle, est l'ensemble des façons dont on peut le manipuler logiquement. Ce qui fait tout de suite penser aux «jeux de langage» de Wittgenstein.

À continuer.


samedi 6 juin 2009

Intrusion [1.53]

Max se sent coincé comme un rat. Il regarde à nouveau par la fenêtre, il n'y a plus d'ombre. L'orage éclate à nouveau dehors, il pleut très fort, le vent se déchaîne. Il demande rapidement à Noura s'il y a des fenêtres d'ouvertes à l'arrière, mais alors qu'elle recule, les lumières s'éteignent.

Plus personne ne bouge. Un noir d'encre. Le temps est figé. Max avance lentement vers Noura sans savoir exactement où elle se trouve dans le noir. Il porte attention aux craquements du plancher de bois. Il l'appelle doucement, murmure, elle répond, d'une voix étranglée par la terreur. Il s'approche lentement.

Les portières de la fenêtre dans la chambre du fond claquent contre le mur, le vent souffle très fort dans l'appartement et la pluie frappe contre les carreaux. Ils savent tous deux que la fenêtre est grande ouverte. Noura saisit fermement le bras de Max : «Elle était fermée» dit-elle, complètement effrayée.

Max doit coûte que coûte réussir à fermer cette fenêtre avant que l'inconnu fasse le tour et essaie de rentrer par là, si ce n'est pas déjà fait, pensa-t-il.

Alors qu'il s'apprête à marcher vers la chambre, attentif aux moindres bruits, Noura recule dans un coin de la cuisine et se prépare au pire, armée de son couteau... Max, alerte, voit de la cuisine les branchages tordus par le vent dans le carré de la fenêtre, les portières sur le point de se casser sous la pression de la tempête. Il avance pas à pas, le parquet craque sous ses pieds, le vent furieux fouette son visage, la pluie inonde la chambre, des feuilles virevoltent...

Il approche du cadre de la porte, la lumière revient...

La voie est libre, pensa-t-il, alors qu'il voit une ombre s'approcher dans l'obscurité des feuillages, il court vers la fenêtre pour la fermer sans toutefois s'effrayer; il essaie de percevoir plus clairement ce qui se cache dans l'ombre, qui est cet inconnu qui le poursuit... Que lui veut-il?

Noura l'avertit que la ligne est revenue et qu'elle a signalé le 911. Finalement, il n'arrive à rien voir et se demande si l'inconnu n'est pas resté à l'avant tout ce temps, pour finir par foutre le camp. Un amateur qui veut me faire peur, pensa-t-il. Noura s'apprête à le rejoindre dans la chambre pour constater les dégâts. Rassuré, Max se dit qu'il s'est peut-être énervé un peu trop pour rien, il faut dire que ce climat qui chambarde tout se prête aussi à ce genre d'épouvante.

Max cherche les correspondances dans sa tête, quelque chose lui dit que... Il ferme les portières doucement, Noura traverse le... La portière qu'il vient de refermer reflète ce qu'il redoutait : l'«ombre» est dans la chambre... Ce qu'il voit l'espace d'une seconde dans le coin droit de la chambre derrière lui, un visage terrifiant, déformé, et comme suppliant... Max se saisit en un éclair pour se précipiter à la défense de Noura, mais les lumières s'éteignent de nouveau... Les cris le guident, mais ils s'éloignent dans ce qui semble être une lutte vers l'autre pièce...

La visite [1.52]

La mustang noire tourna sur la rue St-Germain dans Hochelaga et se gara. Il aperçut derrière le rideau d'une fenêtre l'ombre d'une silhouette furtive : c'est l'appartement de Noura. Il monte les marches, la porte s'ouvre, le visage de Noura s'illumine : elle l'attendait, le voulait, juste pour elle. Il l'embrasse tendrement et traverse le portique, la musique jazz remplit le salon d'une atmosphère de complicité. Le saxophone retentit dans l'immensité de la nuit brûlante, rejoignant et unissant les solitudes les plus éprouvées. Elle offre un verre de porto à Max et se dirige vers la cuisine; leurs regards se croisent un instant avec une certaine langueur. Il observe les toiles magnifiques, détendu, rêveur, et tout en poursuivant la conversation, rejoint Noura à la cuisine, parcourant du regard la courbe de ses cuisses, qui, sous le toucher de ses doigts caressants, s'entrouvrent, chaudes et humides.

Il voit l'invitation dans les yeux de Noura, le miel du désir, il ne peut que céder à la tentation de caresser son corps sublime. Il l'embrasse follement, baise son cou en redescendant vers ses seins, réfrène quelque peu son élan, puis revient, enlacé de ses longs bras gracieux. Les deux décident par un mouvement spontané de remettre la partie, mais ce n'est que pour reprendre l'élan, maintenant que la «glace» a été brisée. Max se retire à la salle de bain, Noura prépare d'autres verres.

Soudain, un bruit d'ascension dans l'escalier, on cogne à la porte. Max se demande qui se peut bien être à cette heure en se dépêchant de terminer son stop, alors que Noura se dirige tranquillement vers la porte pour ouvrir, Max repère instinctivement le claquement de ses talons, mesurant le temps qu'il lui reste pour intervenir. Noura pose la main sur la poignée de porte, mais la main de Max arrive juste à temps pour se coller sur la sienne et l'empêcher d'aller plus loin. Elle lui dit de ne pas paniquer, que c'est probablement son voisin, mais Max ne prend aucune chance, elle n'a aucune idée de l'affaire sur laquelle il enquête.

Il demande à Noura de s'éloigner, se penche de côté, essaie de voir par la fenêtre qui c'est, mais il ne voit qu'une ombre dans la pluie. Le cognement se fait insistant. Il demande à Noura tout bas, t'es bien sûr que c'est ton voisin? Regarde l'ombre. Elle répond qu'elle n'en est plus certaine maintenant, et finalement après avoir regardé, non, ce n'est pas lui effrayée, mais qu'est-ce qui se passe? Noura est terrifiée. On entend le bruit de ce qui semble être un couteau grinçant lentement contre la porte de haut en bas. Max n'a évidemment pas son arme, mais il veut absolument savoir qui lui court après. Noura essaie de composer le 911 en panique, mais il n'y a pas de ligne. Elle se saisit d'un couteau de cuisine et s'éloigne vers le fond de l'appartement, loin de la porte, vers la chambre arrière. Les bruits à la porte cessent.

Max se sent coincé comme un rat. Il regarde à nouveau par la fenêtre, il n'y a plus d'ombre. L'orage éclate à nouveau dehors, il pleut très fort, le vent se déchaîne. Il demande rapidement à Noura s'il y a des fenêtres d'ouvertes à l'arrière, mais alors qu'elle recule, les lumières s'éteignent.

Noura [1.51]

Max prit des notes dans son calepin, interrogea le commis, des témoins, des clients, visionna la bande vidéo de l'hôtel, obtint la description du suspect, fit des appels et se préparait à quitter la scène, épuisé, quand son cellulaire se mit à sonner : c'était la belle Libanaise qu'il avait rencontrée plus tôt. Il avait l'estomac de travers et la queue un peu à terre, mais la voix chaude et caressante de Noura ranima la flamme en lui, pour le moins qu'on puisse dire. Il accepta son invitation à venir prendre un verre chez elle et héla un autre taxi. Il se rendit d'abord chez lui, s'aspergea le visage d'eau froide en essayant d'oublier la scène horrible dont il avait été témoin, mis des vêtements secs, se parfuma, prit quelques condoms et sauta dans sa Mustang noire. La nuit ne faisait que commencer.

La sublime mécanique fendait l'air telle une lame acérée. La cadence implacable des pistons réduisait à néant toute velléité de résistance. Max, comme une tête chercheuse, se dirigeait droit sur sa cible, dépassant, doublant, coupant les véhicules anonymes en route pour la fête nuptiale du samedi soir. Cecilia défilait sur la route, le rappelant à lui-même, se mettant en travers du chemin, le narguant sur sa mine, ses vêtements dépareillés, choisis au hasard, pour la convenance d'une nuit probablement trop torride, trop fugitive, pour survivre à ses propres débordements. L'exaltation et l'ivresse suivaient leur cours, se potentialisaient à mesure, les cheveux dans le vent, nostalgique, déchirant sous les néons le voile de l'obscurité. Max appuyait sur l'accélérateur pour échapper à l'angoisse, échapper à Cecilia, échapper à la nausée, échapper à l'Ombre qui planait sur sa tête, le surplombait, menaçait de piquer pour le vider de son sang, de sa substance, lui voler son âme mutilée par la violence tyrannique du désir. Max aimait boire à la coupe du vice, ne pouvait s'y soustraire, ne pouvait y résister, haletant sans force sur l'autel de Vénus, victime de sa queue en constante érection.

La mustang noire tourna sur la rue St-Germain dans Hochelaga et se gara. Il aperçut derrière le rideau d'une fenêtre l'ombre d'une silhouette furtive : c'est l'appartement de Noura. Il monte les marches, la porte s'ouvre, le visage de Noura s'illumine : elle l'attendait, le voulait, juste pour elle. Il l'embrasse tendrement et traverse le portique, la musique jazz remplit le salon d'une atmosphère de complicité. Le saxophone retentit dans l'immensité de la nuit brûlante, rejoignant et unissant les solitudes les plus éprouvées. Elle offre un verre de porto à Max et se dirige vers la cuisine; leurs regards se croisent un instant avec une certaine langueur. Il observe les toiles magnifiques, détendu, rêveur, et tout en poursuivant la conversation, rejoint Noura à la cuisine, parcourant du regard la courbe de ses cuisses, qui, sous le toucher de ses doigts caressants, s'entrouvrent, chaudes et humides.


Je chie sur les épais

Accroupi devant le coeur du frère André, je baisse mon short et je chie sur le marbre froid de cet édifice crépusculaire qu'on appelle l'Oratoire, en pensant à tous les épais de la Terre.

mercredi 3 juin 2009

L'amour, toujours l'amour

L'amour vous dites? C'est comme rentrer dans un mur de brique à 100 km/h pas d'casque. Résultat : trois chaudières de sang.

Conseil pratique pour la vie en général : vaut mieux pas trop s'attacher, à rien, même pas à soi-même. Avec le temps, tout fout le camp, le corps, les illusions, les accès déplacés de libido. Le voile de Maya tombe. On se rend compte qu'on n'a rien fait, qu'on a passé sa vie à avoir des idées fausses, à se mutiler, à faire du mal aux autres, à rire des autres, à faire rire de soi, à mettre et à se faire mettre, par tout, par rien, pour rien. Il reste les enfants à quoi s'accrocher, mais là encore, ils se tiennent loin, ils s'en vont, ils sentent que le désastre est proche.

Personne n'a peur de la mort, mais on craint les araignées : cherchez la logique. Personne n'aime les vieilles carcasses, l'amour c'est pour les jeunes, c'est un trip de jeunes, mais on continue de penser qu'on va plaire à 50 ans comme on plaisait à 20, et on cherche en vain l'amour fou : ça fait longtemps qu'il n'existe plus; pire encore, s'il existait tu te rappellerais tous les murs de brique et tu foutrais le camp; et si tu jamais tu as la mémoire courte, ouvre ton portefeuille. La vérité c'est que la fourchette diminue à partir de 30, mais on ne voit rien, occupés que nous sommes à nous regarder dans le miroir. Et même souvent, on n'aime franchement que la première femme, le premier homme; tout est nouveau dans ces moments magiques. Par la suite, on tombe dans la routine, on prend le pli, tout devient banal. Les fantasmes deviennent plus intéressants, on se tourne vers le travail. Finalement, on se rend compte que notre vie n'a été qu'un long fantasme, et que celui-ci était au fond beaucoup plus intéressant que la réalité, assez minable et mesquine d'ailleurs.

Où est le fameux «sens de la vie» dans tout ça? Je vois vraiment pas. À part l'illusion bienfaitrice qui sert de matelas confortable, je ne vois pas ce que peut avoir de plaisant le fait de coucher directement sur un roc.

mardi 21 avril 2009

À la recherche du dildo perdu

Cecilia venait d'emménager dans son nouvel appartement branché du Plateau depuis deux jours, quand Albertine se pointa pour lui rendre visite. En manque de sexe de façon aiguë, elle vit tout de suite en son amie péripatéticienne son lunch du midi.

Albertine, perverse de nature, ne refusant jamais une invitation à broutte-minou, décoda immédiatement le regard diabolique de Cecilia qui voulait dire couche-toi là ma garce que je te travaille les ouvertures, se dévêtit et se jeta nue sur le lit. Cecilia cherche son dildo dans les boîtes pour le mettre sur son strap-on et fourrer dignement cette jeune libertine dépravée, mais elle ne le trouve câlissement pas.

Elle annonce à Albertine qu'elle va devoir utiliser une technique plus invasive. Je vais te fister, dit-elle, ouvre tes fesses et détends-toi bien, je vais aller très doucement. Albertine n'avait jamais essayé ça, mais elle était très excitée à l'idée d'avoir un poing qui remplirait sa chatte ou son cul.

Cecilia étend du lubrifiant à base de silicone et commence son malaxage, rentre doucement un doigt, puis deux, fait des va-et-vient pour réchauffer la piste, puis va plus profond, la chatte mouille abondamment et c'est juteux. La technique un peu froide et chirurgicale de Cecilia excite encore davantage son amie. Albertine sent l'orgasme délirant qui se prépare, ça chauffe en dedans, ça frotte rythmiquement, ça danse, ça monte.

La main de Cecilia force son entrée plus profondément, se recourbe, se ferme durement en poing et ouvre grand les portes de Sodome. Albertine, extasiée par la sensation trouble et inusitée que lui procure son cul défoncé sans merci, jouit titanesquement.

Cecilia continue en jouant avec la chatte assoiffée de son amie tout en se masturbant, et lance «tu vois, ma main fist bien dans ton cul, encore mieux qu'un dildo». Les deux amies s'esclaffèrent et poursuivirent leurs ébats.

dimanche 19 avril 2009

Les hanches profondes de Lilou

La Trans Am noire tourna sur la rue St-Germain dans Hochelaga en produisant un crissement de pneus et se gara, en tapant dans le parechoc de la Hyundai Accent d'en avant. Il aperçut derrière le rideau troué d'une fenêtre l'ombre d'une silhouette furtive : c'est l'appartement de Lilou.

Il monte les marches branlantes, la porte s'ouvre, le visage de Lilou s'illumine, les yeux pétillants : elle l'attendait, le voulait, juste pour elle, pour la nuit, dans son lit. Il la prend virilement par les hanches et lui donne un french kiss digne d'un mâle, puis traverse le portique; la musique grunge remplit le salon d'une atmosphère de complicité désinvolte et impure.

Elle passe le joint à Rod, qui pompe la fumée avec un début d'érection. Les accords de guitare décrissée de Kurt retentissent dans l'immensité de la nuit brûlante, rejoignant et unissant les solitudes les plus intoxiquées. Elle offre une bière à Rod et se dirige vers la salle de bain, laissant la porte ouverte; leurs regards se croisent un instant avec une certaine langueur.

Il observe les posters de Nirvana, complètement relaxe, rêveur, et tout en poursuivant la conversation, rejoint Lilou dans la salle de bain, parcourant du regard la courbe de ses cuisses, qui, sous le toucher de ses doigts rugueux, s'entrouvrent, chaudes et humides. Elle s'offre à lui, pâmée et prête pour le galop; il retrousse sa minijupe, en constatant avec plaisir qu'elle n'a pas de petite culotte, la plaque doucement contre la porte et enfonce sa queue prête à exploser dans les profondeurs de ses hanches. La cadence implacable de son piston réduit à néant toute velléité de résistance.

Déterminée, telle une tête chercheuse, la queue de Rod ramone à fond le trou de Lilou, dont le corps s'offre comme un buffet à volonté. Dans le feu de l'action, au milieu des cris de jouissance, il aiguillonne son engin sur une autre voie, remonte le mont de la Vénus et emprunte le chemin étroit qui mène à Sodome.

À suivre...

dimanche 12 avril 2009

Persévérer dans l'existence

Je ne sais pas ce qui me pousse à persévérer dans cette existence merdique. Peut-être le fait de pouvoir me blottir contre ma blonde le soir en dormant et de lui dire que je l'aime, de déguster une bonne bière ou un bon scotch, de découvrir un écrivain ou un philosophe qui m'ouvre de nouveaux horizons, de rencontrer des gens qui me donnent envie de poursuivre mon travail... De toute façon, je me suis fait une promesse : je ne partirai pas avant d'avoir dit mon dernier mot... avant d'avoir versé ma dernière goutte de sang.

Religion, sexualité et pornographie

L'erreur commune des prêtres, c'est de prendre la sexualité trop au sérieux, d'y accorder trop d'importance (ils ne sont pas les seuls), au point que le choix d'y renoncer devient un choix majeur de leur vie... et une renonciation majeure, complètement inutile.

Ce qui me ramène à la parure, où l'on cache une partie du corps pour la révéler davantage, pour mettre l'emphase dessus, jusqu'à ce que ça devienne «pornographique», se rendant complice d'une sexualité géométrique, en totale dissociation des humains qui s'aiment, ou se désirent avec passion, que ce soit pour une nuit, ou pour la vie.

Je ne suis pas contre la pornographie, car les corps nus participent d'une certaine forme d'art et de beauté, mais je suis contre la réduction de la sexualité au seul pornographique et la dévaluation qu'elle entraîne inévitablement, jusqu'au point où il ne nous est plus possible de voir ce qu'il y a de «sacré» en toute chair, le fait que cette chair est divine et à la fois habitée par la mort.

Le corps est forme, désir; il peut n'être que forme, si la personne le désire, mais il n'est pas que forme. L'erreur c'est de faire de cette forme l'aspect essentiel de l'être humain, alors que ce n'est qu'un seul aspect du tout formé par celui-ci. Ne voir une personne que comme une baise peut être valable si c'est réciproque, mais ne correspond pas de façon générale à une vision durable des choses pour une vie heureuse en société. Disons plutôt que c'est une vision qui dure l'espace d'une éjaculation...

Mais doit-on unir idéal et sexualité? C'est l'erreur je crois, que tous font, y compris le prêtre. Je ne peux m'empêcher de penser ici à l'art «socialiste»; ou à une «théorie de l'érection» pour savoir comment bander et quand; ou encore à quelqu'un qui se cale dans son fauteuil pour fumer une pipe en réfléchissant sur le «sens de la vie» : la réalité de cette question est aussi fugitive que les nuages de fumée qu'elle suscite.

La sexualité est libre, et belle, et «sans importance». Il faut la laisser être, elle participe du jeu. Politiser l'art, politiser la sexualité, c'est ce qui se produit lorsqu'on veut les unir à un «idéal», qui fait penser à une cage de zoo dans laquelle on veut enfermer un fauve.

mardi 7 avril 2009

Réflexion sur Musil

Sur le totem. C'est toujours beau ces belles théories trop intelligentes, c'est toujours bien dit et ça fait chic dans une soirée mondaine. Par contre, je ne dis pas que c'est complètement faux. Je cite: « [...] les idéaux de la "personne" et du "sujet" remplissent pour ses contemporains une fonction analogue à celle du totem pour l'homme "primitif" et font eux aussi l'objet d'un culte. [...] Le totem de la personne, en revanche, rend problématique le rapport du même et de l'autre. Enfermé dans une relation spéculaire, l'homme devient son propre objet de culte et d'amour. [...] Il n'est guère un protagoniste de L'Homme sans qualités qui ne voue un soin attentif à sa personne et ne se montre soucieux d'affirmer son identité, de se singulariser et de s'objectiver à travers les signes. » Ces gens agissent de cette façon dans l'«espoir de laisser une trace impérissable de leur présence» [...] «susceptible d'être un jour découverte» (si elle est cachée, par exemple une note insérée dans un pan de mur en construction).

Alors l'homme, avec tout ça, a évidemment un besoin de s'exprimer. Il a un besoin «d'épanchement narcissique». Le psychanalyste a la fonction de canaliser cette expression de soi, et serait donc une forme moderne de chamanisme. D'accord.

Je trouve que ma blonde tape un peu trop sur les blogs, qu'elle se regarde un peu trop dans le miroir, qu'elle est peu trop égocentrique, et qu'en plus elle tient un journal personnel ne parlant la plupart du temps que d'elle-même et de ses mésaventures, de plus, il porte un petit cadenas comme pour piquer ma curiosité et me donner envie de le lire en secret. Ma blonde m'explique la situation: «Écoute chérie, puisque l'homme a rompu ses liens avec le totem, il ne lui reste plus que lui-même. Alors je m'auto-admire, je m'aime, je veux me singulariser, j'écris plein de choses pour laisser des traces de moi, je fais des blogs, et quand il y a une caméra dans les parages, je ne suis jamais loin. J'ai un besoin d'épanchement narcissique, c'est la raison pour laquelle je parle sans cesse sur mon cellulaire, je corresponds par messagerie avec mes amies toute la journée, j'écris dans mon journal, je ne veux pas que personne ne m'oublie, c'est la raison pour laquelle je me fais belle, je me mets du parfum, etc., bref, je veux laisser une trace impérissable de moi dans le maximum de têtes possibles.»

Moi: «Est-ce que t'es sérieuse là? Tu veux dire que t'es consciente de tout ça, que t'as un besoin «d'épanchement narcissique» et que tu le fais quand même?»

On voit bien qu'il y a un problème là... Elle justifie ce qu'elle aime faire de toute façon, avec une théorie trop intelligente à la Musil sur le totem. Ainsi, la conscience de faire quelque chose, change tout. Cette théorie ne s'applique que de l'extérieur, à des gens qu'on observe, sans leur demander le motif de leurs actes: c'est ça la théorie, et ça fout souvent le camp dans la pratique. Si vous répondez que ce sont des tendances générales de l'humanité, je peux vous répondre que je ne fais jamais affaire avec l'«humanité», mais seulement avec des êtres humains particuliers.

Si les «primitifs» n'étaient pas aussi narcissiques que nous (ça reste à démontrer), cela n'empêche pas qu'ils auraient pu le devenir, si on leur en avait donné les moyens. Et ce n'est sûrement pas le totem qui va empêcher ça. Les moyens techniques modernes qui peuvent servir à nous renvoyer notre image abondent. De plus, le travail de l'acteur, qui semble en partie méprisé dans cette conception des choses, fait partie des démarches de prise de conscience de soi. L'homme moderne ne cherche pas à s'admirer (en général), mais à introduire une distance entre lui et «lui-même», il cherche à se connaître, à s'observer, et à observer ce que les autres observent de lui, un point de vue extérieur étant toujours privilégié, ainsi il forme beaucoup moins une unité que l'homme primitif, englué dans la masse indistincte de la nature.

Par opposition à cet homme, si l'homme moderne est pleinement conscient d'avoir une attitude narcissique à un certain moment, il ne l'est alors plus tout à fait, puisqu'il a introduit une distance entre lui et la conduite, qui lui permet de s'observer et de changer. S'il continue à être narcissique, c'est alors un narcissisme au deuxième degré, hyperréel en quelque sorte, ou de mauvaise foi. Ce n'est plus une attitude spontanée qui renvoie en ligne droite à quelque chose, à un rapport simple ou à une identité entre l'acte et l'acteur.

C'est comme pour l'amour: si je deviens pleinement conscient des raisons pour lesquelles j'aime une personne, trop conscient même pouvons-nous dire, et que je les énumère une par une, il est possible que mon amour disparaisse, ou qu'il ait déjà disparu. Car on n'aime pas par raison, par calcul, et les sentiments ne sont jamais complètement rationnels, c'est-à-dire soumis à un contrôle, à un calcul, à une division. Nous ne faisons toujours qu'«un» avec un sentiment. Par contre, si je continue d'«aimer» dans ces circonstances, ce n'est qu'une «comédie» de l'amour, une caricature d'amour, ce n'est plus un amour réel, spontané, naturel, mais un «amour» réfléchi, étudié, volontaire, autrement dit, un amour mort.

Ainsi le prétendu narcissisme de l'homme moderne est (en général) un faux narcissisme, un narcissisme mort, une comédie. Le «soi» manque pour pouvoir s'admirer. Le sujet est absent; il est disparu en quelque sorte au moment ou on pensait justement pouvoir le saisir. Nous ne sommes plus que les acteurs du «soi», nous jouons la comédie du soi qui joue à se regarder.