«Je n'ai qu'une passion: celle qui me permet d'être libre sous le joug, content dans la peine, riche dans la nécessité et vivant dans la mort.» Giordano Bruno

lundi 17 août 2026

Les barbares coureurs

Je promène mon chien en lisant À la recherche du temps perdu de Proust, et je croise des joggeurs partout dans mon quartier, et par contraste, ceux-ci me font l'effet de barbares.

Oui, ce sont les barbares modernes. Symptômes d'une fatigue, d'une sorte de "paresse active". Ils pensent avec leurs pattes.

Je me suis rendu compte en lisant Proust de tout ce que nous avons perdu, et c'est terrible, surtout dans la capacité à décrire les choses, les environnements, les subtilités de la perception, de la pensée et des rapports sociaux.

À la page 135 dans l'édition de la Pléiade, il décrit des fleurs et des plantes. J'ai cherché les images correspondant aux noms sur le web, et je connais toutes ces fleurs et ces plantes, mais je n'ai jamais pu mettre un nom dessus, jusqu'à ce que je l'apprenne par Proust. 

Lorsque je sors à l'extérieur, je suis incapable de nommer la plupart du temps l'environnement qui m'entoure, les plantes, les fleurs, les arbres, les insectes, les oiseaux, etc.

Et dans le monde d'aujourd'hui, cela passe pour "normal". C'est parce que nous sommes des barbares par défaut, et malheureusement, le restons toute notre vie, sans savoir ce qui nous manque, coupés de la nature, et à la fois trop occupé à travailler pour avoir le temps et l'énergie de s'y intéresser. 

Et bientôt cette nature sera supprimée, sans même que nous l'ayons connue.

Et ensuite ce sera à notre tour de disparaître, dans l'innocence imbécile, l'ignorance crasse, et la barbarie technologique. 

Nous ressemblons de plus en plus aux personnages vides et ternes, annulés, annihilés, de 1984 de Georges Orwell.

Beaucoup d'outils pour dominer l'environnement, et soi-même devenant outil, mais l'outil est devenu une fin, l'environnement et les individus n'ont plus aucune importance. 

dimanche 9 août 2026

Houellebecq a été cloné

Dernièrement, j'ai voulu faire de la place dans mes bibliothèques, et j'ai décidé de m'attaquer à Houellebecq, de lire le plus de romans possible de lui (j'ai tout), et ensuite, de les donner dans une des boîtes à livres qui m'entourent dans mon quartier. Je n'avais pas une bonne opinion de cet auteur que j'avais seulement feuilleté, et pas aux bons endroits.

J'ai commencé avec "Les particules élémentaires" et j'ai été agréablement surpris par la qualité de l'histoire. Mon opinion sur Houellebecq a immédiatement changé. Ensuite, j'ai décidé de m'attaquer à "Anéantir", car c'était un gros livre, il allait libérer plus de place dans ma bibliothèque. Je l'ai trouvé trop long, beaucoup moins bon, et surtout, très lourd. Je l'ai donné sans regret.

Puis j'ai lu "La possibilité d'une île". Au début, j'ai eu un peu de difficulté à saisir le contexte, puis au fil de la lecture, j'ai compris. C'est vraiment un très bon livre, qui ressemble un peu par son propos au premier que j'ai lu.

Je l'ai donné hier, mais j'y repense encore, et probablement que je vais y repenser souvent, dans les prochaines années. 

Au centre de cancérologie

Lors d'un de mes rendez-vous au centre, un couple âgé discutait dans la salle d'attente, j'imagine que c'était suite à une mauvaise nouvelle.

On les entendait dans toute la salle d'attente, même de loin, car c'était écho.

La femme disait à son conjoint: "C'est terminé! Comprends-tu qu'ils ne peuvent rien faire? C'est terminé!"

Elle n'arrêtait pas de répéter que "c'était terminé", comme si elle n'en revenait pas.

Il avait un cancer de la vessie inopérable.

Lui, qui ne semblait pas triste, lui a répondu calmement: "Ben oui, mais même s'ils trouvaient une façon de traiter ma vessie, je ne vivrais pas éternellement!"

Cette réponse a comme clos la discussion.

C'était une évidence. Même moi j'étais d'accord. Je me suis même dit: "Quelle bonne façon d'accepter la mort!"

Mais quand on y pense un peu plus, si les médecins réussissaient à guérir son cancer, et ensuite à réparer tous les autres morceaux qui lâchent, mieux à stopper le vieillissement, voire, l'inverser quelque peu, notre homme pourrait vivre indéfiniment...

Mourir n'est donc pas une évidence. 

Mais en attendant, effectivement, il faut trouver des moyens de l'accepter. 

C'est le livre que je suis en train de lire de Sogyal Rinpoché, "Le livre tibétain de la vie et de la mort", qui m'a rappelé cette anecdote. 

vendredi 24 juillet 2026

Les objets meurent aussi

C'est l'intuition qui m'est venue lors de ma dernière visite à Montréal. 

En circulant dans les rues, j'ai vu le dépérissement des bâtiments, même le changement complet de coins de rue.

Rien ne reste pareil, même l'intérieur des maisons. Définitivement, les endroits où j'ai vécu, où j'ai circulé, où j'ai souffert, et où j'ai aimé, n'existent plus et ne sont plus que dans ma mémoire, qui s'estompe, elle aussi.

Toute notre réalité matérielle est une sorte d'illusion. 

Il ne sert à rien de s'attacher aux objets ou aux lieux: ils périssent tout comme nous.

vendredi 10 juillet 2026

Ma mère est dans un centre

Je me sens vraiment mal.

J'ai l'impression d'être en train de mourir...

Je ne peux pas croire qu'on en soit rendu là.

Je n'ai personne non plus à qui en parler, sauf ce journal...

Il me faut maintenant essayer de ne pas avoir de crise de panique, et surtout, travailler sur mon énergie, la bonne énergie, c'est vital.