«Je n'ai qu'une passion: celle qui me permet d'être libre sous le joug, content dans la peine, riche dans la nécessité et vivant dans la mort.» Giordano Bruno

jeudi 20 août 2026

Frappé de plein fouet

Je me suis découvert une grosse bosse douloureuse hier dans le bas de l'abdomen en revenant de promener mon chien.

Pour faire une histoire courte, l'hôpital n'a rien découvert au scan, mais c'est quand même possiblement une hernie, qui s'était stabilisée alors que j'arrivais à l'urgence, c'est-à-dire que l'intestin était revenu en place. Et voilà un autre problème qui s'ajoute à la série de problèmes que je vis depuis un bon moment.

Le problème avec les problèmes, c'est que souvent il est impossible de les régler tout de suite, et à un moment donné, ils s'accumulent.

Problèmes dans le couple, problèmes avec la famille, problèmes au travail, problèmes de santé, problèmes financiers et combinés à l'inflation: tout cela fait une spirale infernale de problèmes toxiques et qui s'alimentent l'un l'autre. Un seul de ces problèmes peut causer tous les autres problèmes et peut finir par vous tuer.

Par exemple, rendu à un certain âge, changer de logement et changer d'emploi ou laisser un conjoint pour se retrouver seul après des années de vie commune, ne sont pas des choses qu'on peut faire comme on se gratte le nez, et encore moins si on doit les faire toutes en même temps ou à intervalles rapprochés.

Se faire déclarer aussi des maladies chroniques par le médecin n'est pas comme se faire dire qu'on a un rhume. C'est difficile à accepter, et inévitable, et cela a un impact sur toute la vie de la personne. 

Si on ajoute à cela l'isolement (couple scrap, pas d'amis, famille scrap), l'usure, le vieillissement, la diminution des forces, ça ressemble à l'enfer. 

C'est ce que je vis presque tous les jours. 

Je suis en arrêt de travail, épuisé, l'esprit détruit, et je dois depuis hier, lorsque je suis debout, peser constamment sur mon abdomen pour remettre mon intestin en place. Évidemment, je devrai bientôt subir une opération. 

J'ai fait plusieurs cauchemars la nuit passée, carrément de terreur devant tous ces problèmes accumulés, et je me suis réveillé ce matin tellement fatigué, malheureux, l'esprit dans un brouillard, que j'étais littéralement comme une personne âgée et mal en point.

J'étais en état de fatigue extrême et je me suis senti, même après 2 semaines de repos, frappé de plein fouet, diminué, neutralisé, amoindri, comme si tout s'était brisé en dedans, corps et esprit.

J'ai mis par écrit toutes mes frustrations par rapport à mon travail, et j'ai remarqué que cela à enlevé beaucoup de pensées qui me tourmentaient sans cesse au quotidien et empoisonnait mon arrêt de travail, c'est-à-dire que ça m'empêchait de guérir, ou à tout le moins, de faire diminuer le stress, qui a atteint un niveau insoutenable. 

J'ai vécu beaucoup de choses difficiles et traumatisantes dans ma vie, et bien sûr, ce que je souhaitais, c'était d'avoir une vie calme, simple et paisible (j'aime beaucoup lire et étudier), mais c'est le contraire que j'ai aujourd'hui. 

Je dois dealer dans mon quotidien avec des gens instables, agités, contrôlants et envahissants, qui ont des problèmes neurologiques et comportementaux, comme la psychorigidité et le "trouble" de 4 lettres. Les gens "normaux" (une espèce en voie de disparition), plutôt "calmes", ne peuvent pas être mêlés très longtemps à ces gens sans être perturbés et possiblement atteints ou rendu malades, surtout si ces personnes occupent des positions de pouvoir et adorent la confrontation, comme on peut le constater avec le président actuel à la moumoutte tabby-crème qui est occupé à virer le monde entier à l'envers et à nous rendre tous fous.

Je veux bien être "tolérant" et tenter d'accepter tous les types psychologiques, mais si c'est pour me faire canceller par ces gens qui sont visiblement plus "dominants", c'est non merci. J'aurai bien essayé, pendant de longues et nombreuses années. 

Or dans la vie, on ne choisit pas son supérieur, ni ses collègues, ni sa famille, ni vraiment la personne avec laquelle on vit, car cela peut prendre des années pour la connaître vraiment (passé la période de "lune de miel").

Un moment donné, les choses révèlent leur vrai visage, et là ça brasse.

J'essaie aujourd'hui de m'armer contre ces moments pénibles en essayant des techniques de méditation et en lisant, par nécessité, Au coeur de la tourmente, la pleine conscience de Dr Jon Kabat-Zinn (Full Catastrophe Living, version originale anglaise). J'espère que ce livre va m'aider à passer au travers de toutes ces épreuves difficiles sans crever ou me retrouver légume ou invalide ou ruiné.

lundi 17 août 2026

Les barbares coureurs

Je promène mon chien en lisant À la recherche du temps perdu de Proust, et je croise des joggeurs partout dans mon quartier, et par contraste, ceux-ci me font l'effet de barbares.

Oui, ce sont les barbares modernes. Symptômes d'une fatigue, d'une sorte de "paresse active". Ils pensent avec leurs pattes.

Je me suis rendu compte en lisant Proust de tout ce que nous avons perdu, et c'est terrible, surtout dans la capacité à décrire les choses, les environnements, les subtilités de la perception, de la pensée et des rapports sociaux.

À la page 135 dans l'édition de la Pléiade, il décrit des fleurs et des plantes. J'ai cherché les images correspondant aux noms sur le web, et je connais toutes ces fleurs et ces plantes, mais je n'ai jamais pu mettre un nom dessus, jusqu'à ce que je l'apprenne par Proust. 

Lorsque je sors à l'extérieur, je suis incapable de nommer la plupart du temps l'environnement qui m'entoure, les plantes, les fleurs, les arbres, les insectes, les oiseaux, etc.

Et dans le monde d'aujourd'hui, cela passe pour "normal". C'est parce que nous sommes des barbares par défaut, et malheureusement, le restons toute notre vie, sans savoir ce qui nous manque, coupés de la nature, et à la fois trop occupé à travailler pour avoir le temps et l'énergie de s'y intéresser. 

Et bientôt cette nature sera supprimée, sans même que nous l'ayons connue.

Et ensuite ce sera à notre tour de disparaître, dans l'innocence imbécile, l'ignorance crasse, et la barbarie technologique. 

Nous ressemblons de plus en plus aux personnages vides et ternes, annulés, annihilés, de 1984 de Georges Orwell.

Beaucoup d'outils pour dominer l'environnement, et soi-même devenant outil, mais l'outil est devenu une fin, l'environnement et les individus n'ont plus aucune importance. 

dimanche 9 août 2026

Houellebecq a été cloné

Dernièrement, j'ai voulu faire de la place dans mes bibliothèques, et j'ai décidé de m'attaquer à Houellebecq, de lire le plus de romans possible de lui (j'ai tout), et ensuite, de les donner dans une des boîtes à livres qui m'entourent dans mon quartier. Je n'avais pas une bonne opinion de cet auteur que j'avais seulement feuilleté, et pas aux bons endroits.

J'ai commencé avec "Les particules élémentaires" et j'ai été agréablement surpris par la qualité de l'histoire. Mon opinion sur Houellebecq a immédiatement changé. Ensuite, j'ai décidé de m'attaquer à "Anéantir", car c'était un gros livre, il allait libérer plus de place dans ma bibliothèque. Je l'ai trouvé trop long, beaucoup moins bon, et surtout, très lourd. Je l'ai donné sans regret.

Puis j'ai lu "La possibilité d'une île". Au début, j'ai eu un peu de difficulté à saisir le contexte, puis au fil de la lecture, j'ai compris. C'est vraiment un très bon livre, qui ressemble un peu par son propos au premier que j'ai lu.

Je l'ai donné hier, mais j'y repense encore, et probablement que je vais y repenser souvent, dans les prochaines années. 

Au centre de cancérologie

Lors d'un de mes rendez-vous au centre, un couple âgé discutait dans la salle d'attente, j'imagine que c'était suite à une mauvaise nouvelle.

On les entendait dans toute la salle d'attente, même de loin, car c'était écho.

La femme disait à son conjoint: "C'est terminé! Comprends-tu qu'ils ne peuvent rien faire? C'est terminé!"

Elle n'arrêtait pas de répéter que "c'était terminé", comme si elle n'en revenait pas.

Il avait un cancer de la vessie inopérable.

Lui, qui ne semblait pas triste, lui a répondu calmement: "Ben oui, mais même s'ils trouvaient une façon de traiter ma vessie, je ne vivrais pas éternellement!"

Cette réponse a comme clos la discussion.

C'était une évidence. Même moi j'étais d'accord. Je me suis même dit: "Quelle bonne façon d'accepter la mort!"

Mais quand on y pense un peu plus, si les médecins réussissaient à guérir son cancer, et ensuite à réparer tous les autres morceaux qui lâchent, mieux à stopper le vieillissement, voire, l'inverser quelque peu, notre homme pourrait vivre indéfiniment...

Mourir n'est donc pas une évidence. 

Mais en attendant, effectivement, il faut trouver des moyens de l'accepter. 

C'est le livre que je suis en train de lire de Sogyal Rinpoché, "Le livre tibétain de la vie et de la mort", qui m'a rappelé cette anecdote. 

vendredi 24 juillet 2026

Les objets meurent aussi

C'est l'intuition qui m'est venue lors de ma dernière visite à Montréal. 

En circulant dans les rues, j'ai vu le dépérissement des bâtiments, même le changement complet de coins de rue.

Rien ne reste pareil, même l'intérieur des maisons. Définitivement, les endroits où j'ai vécu, où j'ai circulé, où j'ai souffert, et où j'ai aimé, n'existent plus et ne sont plus que dans ma mémoire, qui s'estompe, elle aussi.

Toute notre réalité matérielle est une sorte d'illusion. 

Il ne sert à rien de s'attacher aux objets ou aux lieux: ils périssent tout comme nous.